Les mamans qu'on adore : Sophia Dhrolia
L'été dernier, Knix a réalisé un shooting photo très spécial en l'honneur de notre Collection Post-partum. Non seulement 12 mamans et futures mamans nous ont rejointes sur le plateau, mais elles ont toutes amené leurs tout-petits—10 bébés pour être exact (on sait... nous ne sommes pas sûrs non plus de comment nous avons réussi !). Il y avait des jouets, des changements de couches, et même si quelques larmes inévitables ont coulé, il y a aussi eu beaucoup de rires et de câlins.

Presque un an plus tard, nous avons retrouvé une maman qui s'était jointe à nous pour savoir comment se passe sa nouvelle maternité, quel a été son parcours de fertilité et ce que c'est que d'être une maman post-partum non conforme au genre. Rencontrez Sophia !
Vous étiez enceinte la dernière fois que nous vous avons vue, comment s'est passée votre vie depuis ?
Ça a été de véritables montagnes russes émotionnelles. J'ai accouché en septembre après plusieurs jours de diverses méthodes de déclenchement, 7 tentatives de péridurale et finalement une césarienne. Nous avons une petite fille qui a maintenant 7 mois et un fils de 5 ans. Après l'accouchement, je n'étais pas préparée aux émotions. Même si j'avais vu ma femme accoucher, j'ai été choquée. Il y a eu des moments où je sanglotais sans raison et ne reconnaissais pas certains des sons de mes propres pleurs. Je ne pouvais pas comprendre ce qui m'arrivait, même si je savais rationnellement que mon corps traitait beaucoup d'hormones.
J'étais également enflée pendant tout le troisième trimestre et on m'avait dit que ça empirerait avant de s'améliorer en sortant de l'hôpital, mais le 4e jour, mon gonflement a commencé à s'aggraver. Puis ma respiration a été affectée. J'ai demandé à mon entourage et on a mis ça sur le compte de l'anxiété. Une semaine après l'accouchement, à 3 heures du matin, ma femme a appelé le 911.
Les ambulanciers m'ont examinée et n'ont pas semblé penser que quelque chose n'allait pas, et l'un d'eux a mentionné l'anxiété. J'étais seule et terrifiée. La première infirmière que j'ai rencontrée m'a dit que j'avais le baby blues, m'a prélevé du sang et m'a dit de m'asseoir sur une chaise dans le coin. Une chaise ? J'avais eu une césarienne il y a une semaine ! Je suis allée au poste des infirmières et j'ai dû plaider ma cause jusqu'à ce que quelqu'un m'écoute. Comme par magie, une chambre était vide et on m'a donné un lit.
Après une série de radiographies, de scanners et un échocardiogramme, on m'a dit que j'avais une insuffisance cardiaque congestive et des litres de liquide dans les poumons. J'ai été admise à 22 h à l'unité de soins intensifs cardiaques pour qu'ils comprennent ce qui se passait. Finalement, un diagnostic : prééclampsie post-partum. Je suis restée à l'hôpital pendant 3 jours, 3 jours sans mon nouveau-né. Elle venait de sortir de moi et maintenant j'en étais séparée. Elle était trop jeune et je ne pouvais pas lui donner ce dont elle avait besoin de moi.
Heureusement, ma femme a pu être avec elle et notre fils, et mes amis et ma mère ont pu être avec moi. Je n'étais pas préparée à ce que mon cœur lâche et que mon corps change autant. Je n'étais pas préparée à avoir l'impression que mon corps m'avait fait défaut. Pendant 6 semaines, je suis restée sous médicaments pour la tension artérielle et j'étais remplie d'anxiété et de culpabilité au-delà de ça. J'avais peur de décevoir ma famille. Mais ma femme, mes amis et mon thérapeute m'ont remise sur les rails. Sept mois plus tard, je guéris et j'adore chaque (ok *presque* chaque) moment avec notre nouvel ajout.
Comment s'est passé votre parcours de fertilité ?
Ah, la fertilité, c'est quelque chose que je tenais pour acquis ! Comme je l'ai mentionné plus tôt, ma femme et moi avons 2 enfants et elle a donné naissance à notre premier. Nous l'avons choisie pour porter le premier parce que je n'étais pas entièrement convaincue de tomber enceinte et elle est plus âgée que moi (désolée, chérie !). Il lui a fallu plus de temps que prévu, mais dans la "durée moyenne pour les couples hétérosexuels" pour tomber enceinte.

Pendant sa grossesse, mon désir d'être enceinte et de sentir un être humain grandir est devenu fort. C'est la science de la chose qui m'a attirée. Je voulais savoir ce que ça faisait de sentir le bébé donner des coups de poing et de pied de l'intérieur. Nous avons donc décidé que j'essayerais. Sachant que cela prendrait du temps, j'ai commencé à essayer quand notre fils avait 9 mois. Nous avions de grands projets concernant leur différence d'âge et du temps libre ensemble parce qu'elle allait être en congé sabbatique. J'y suis allée avec beaucoup d'assurance. J'étais fière de mes "œufs frais et jeunes" (par rapport à ma femme). En termes médicaux, j'étais presque une patiente gériatrique (bon, pas totalement, j'avais 33 ans, donc pas une jeunette). Je ne suis pas tombée enceinte.
Les années ont passé et, mois après mois, je n'ai rencontré que le rejet. J'ai fait tout ce que je pouvais en utilisant la médecine occidentale (inséminations intra-utérines répétées, FIV, etc.) et orientale (acupuncture, des tonnes de pilules naturelles, pas de caféine, pas de sucre, etc.). Trois ans plus tard, nous avons décidé de retourner vers ma femme. Mais il y avait aussi l'option d'utiliser ses ovules et que je porte, donc j'avais une autre chance. J'étais excitée et triste en même temps. Je pouvais éventuellement porter mais je n'aurais pas de "mini-moi" génétiquement. Ma femme a subi le prélèvement d'ovules et après avoir attendu, nous avons appris que nous n'avions qu'un seul embryon.
J'ai perdu tout espoir de porter parce que cela n'avait pas de sens pour moi de porter alors que ma femme avait une grossesse réussie et prouvée. Nous nous sommes assis avec le médecin qui nous a dit que peu importait le corps dans lequel l'embryon allait. Ma femme, étant l'être humain incroyable qu'elle est, a dit qu'elle voulait que je tente ma chance tant que je ne me punirais pas si ça ne marchait pas. Nous avons convenu que j'essaierais, mais il y avait encore quelques tests à "réussir". Après des tests supplémentaires, il y avait des preuves d'une éventuelle endométriose. Le médecin m'a traitée pendant deux mois pour l'inflammation, puis nous avons procédé au transfert d'embryons. Neuf jours plus tard et après une douzaine de tests de grossesse à domicile, nous avons confirmé la grossesse ! Ce fut toute une expérience et il y a encore des pincements de tristesse à propos de la partie génétique ou du fait que mon corps m'a en quelque sorte fait défaut, mais ensuite je me rappelle que mon corps est un guerrier et qu'il s'est battu pour moi et que les enfants me ressemblent !
Pouvez-vous parler un peu de certains des défis de la grossesse et de la parentalité en tant que personne queer et non-conforme au genre ?
L'un des plus grands défis de la grossesse en tant que personne queer et non-conforme au genre est honnêtement ma poitrine. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle grossisse autant, surtout puisque je n'allaitais pas. Je n'ai jamais eu de lien avec mes seins, je n'en voulais pas vraiment et maintenant ils sont là et plus gros et je les déteste. Les vêtements ne me vont pas comme je veux— plats.
Un autre défi pour moi personnellement était le besoin des gens de vouloir toucher mon corps. Je n'ai jamais compris ni eu le désir de toucher des personnes enceintes et maintenant je faisais face à des gens qui remarquaient mon corps. Il est devenu visible pour les gens, féminin, et tout d'un coup mon corps était un corps sur lequel les gens se sentaient autorisés. J'ai décliné toutes les demandes de me toucher et j'ai vraiment arrêté certaines personnes dans leur élan— choquées et confuses. En plus de mon corps remarqué, les vêtements sur mon corps sont devenus déroutants et difficiles. Tout au début était fluide ou fleuri. Certainement pas moi ! Finalement, j'ai trouvé un excellent mélange de t-shirts, de pantalons de maternité ajustés et de blazers qui me permettaient de me sentir le plus moi-même possible pendant la grossesse. C'est finalement devenu une source de joie— la possibilité de porter mes oxfords et mes blazers enceinte et de rester aussi fidèle que possible à mon style.

Photo par : Zurry Donevan
En tant que parent, j'ai la chance de ressentir les mêmes joies et défis que les personnes cisgenres. J'avais peur d'être jugée comme n'étant pas un "vrai parent", mais personne ne m'a traitée différemment de ma femme en parlant de nos enfants. Je pense que les gens peuvent s'interroger sur nos rôles quand ils nous voient, mais personne ne nous a remis en question directement.
Quelle est votre partie préférée dans le fait d'être parent ?
Le rire des enfants. Entendre et voir mes enfants rire est ce que je préfère. Je ressens une joie lorsque je vois leurs yeux pétiller de bonheur. De plus, regarder Star Wars et jouer avec des sabres laser avec mon fils de 5 ans arrive juste après.
Décrivez-nous vos enfants ! Comment sont-ils, quelles sont leurs choses préférées ?
Mon fils de 5 ans est un enfant spirituel, vif et énergique. Il est curieux, aime partir à l'aventure pour trouver de nouveaux morceaux de verre de plage et des bâtons, et est un grand frère très fier. Il aime les Lego, son chien en peluche d'Ikea qu'il a appelé Marley, et faire du vélo. Il vient de commencer la maternelle et a vraiment apprécié (nous sommes en pleine pandémie maintenant) l'école. C'est aussi un enfant typique de 5 ans qui vous dit que vous ne savez rien et a une réponse à tout, mais il apprend à s'excuser sincèrement quand il casse quelque chose.

Nous apprenons à connaître notre bébé de 7 mois chaque jour. Elle adore la nourriture, surtout les avocats, les patates douces et les haricots verts. Elle est très vocale, probablement parce qu'elle est en compétition avec son frère pour l'attention ! Elle a le meilleur rire et est jusqu'à présent facile à satisfaire.
Vous tenez un compte Instagram qui relate votre parcours avec la mode fluide. Quels sont vos espoirs pour l'industrie de la mode en termes d'options, en particulier pour les personnes fluides qui sont également enceintes ou en post-partum ?
Merci d'avoir mentionné mon nouveau compte Instagram @sd.apper
Mon espoir pour l'industrie de la mode est la reconnaissance que les personnes fluides existent, que nous aimons les vêtements, et que nous traversons également une foule de changements avec nos corps et voulons des vêtements qui suivent ce parcours. Je ne voulais pas utiliser un élastique pour maintenir mon pantalon pendant la grossesse, je voulais des pantalons ajustés, sur mesure, et des chemises qui s'adaptent à mon corps de femme enceinte. Je ne voulais pas porter de vêtements du rayon hommes pour le style dans une taille étrange et je ne voulais absolument pas de vêtements fluides et fleuris pour mon nouveau corps. Je voulais juste une chemise qui fasse de la place à mon ventre mais me permette de boutonner jusqu'au cou.
Le post-partum, c'est avant tout la taille haute. Je n'avais jamais apprécié le génie derrière les bas taille haute. Je trouve extrêmement difficile de trouver des pantalons habillés et des chinos ajustés et taille haute ! Les sous-vêtements taille haute me donnaient aussi l'impression d'avoir volé les culottes de ma grand-mère jusqu'à ce que je découvre le Knix Taille Haute! J'aimerais que les marques pensent à des styles fluides sans étiquettes et offrent simplement plus de tailles. Peut-être faire plus de recherches sur ce que les personnes fluides recherchent et lancer en douceur des styles qui conviendraient à différents corps. J'adorerais pouvoir aller dans un magasin ou en ligne et acheter des pantalons en fonction de ma taille et de mes courbes et qu'on me propose des styles que tout le monde peut choisir. Mon filtre parfait est : Pantalons, Slim ou Skinny, et Taille haute (y compris les joggings !). Pour les chemises, une chemise boutonnée qui s'adapte à ma poitrine avec un soutien-gorge de sport et une taille courbée mais sans accentuer ces caractéristiques. Est-ce trop demander ?