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Pourquoi l'IMC est obsolète, selon un expert

On est tous passés par là : monter sur la balance chez le médecin. Sur une échelle allant de « légèrement inconfortable » à « absolument affreux », on pencherait plutôt vers le second.

Ces dernières années, l'Indice de Masse Corporelle (IMC) a été vivement critiqué comme étant une évaluation de la santé dépassée qui adopte une approche universelle. J'ai expérimenté personnellement à quel point cela peut être toxique — et une recherche rapide sur Internet m'a permis de découvrir que je suis loin d'être la seule dans ce cas.

Curieuse d'en savoir plus sur les origines de cette mesure (petit indice : elle implique des hommes blancs) et ses pièges, j'ai appelé la Dre Chisom Ikeji — une spécialiste en médecine de soins intensifs à l'Université de Pittsburgh dont la série de vidéos « conseils d'un docteur » sur TikTok est devenue un de mes coups de cœur — pour qu'elle réponde à mes plus grandes questions.

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(La Dre Chisom Ikeji portant la brassière Longevity Rosewood et le legging taille haute HiTouch Noir)


Nos systèmes de santé semblent accorder une importance démesurée à l'IMC. Quelle est la précision (ou l'imprécision) de l'IMC en tant qu'indicateur de santé ?

L'Indice de Masse Corporelle (IMC) est, au mieux, un indicateur marginal de la santé. En général, de nombreuses personnes ayant un IMC très élevé ou très bas présentent des risques pour la santé plus élevés. Cependant, la simplicité de la mesure en fait un mauvais marqueur de santé lorsqu'il est appliqué, de manière isolée, à un individu. Lorsque nous examinons l'histoire de sa création, cela devient moins surprenant.

L'IMC a été initialement inventé dans les années 1800 par Adolphe Quetelet, un mathématicien européen, puis révisé en 1972 par Ancel Keys, un physiologiste américain, en utilisant des données provenant principalement d'hommes blancs adultes. Il n'était jamais censé être utilisé comme mesure de la santé individuelle, mais plutôt pour des études de population. Alors que l'inquiétude concernant l'obésité et les risques pour la santé qui y sont liés augmentait dans les sociétés occidentales, il est devenu nécessaire pour les professionnels de la santé, les compagnies d'assurance, le gouvernement et les chercheurs d'établir un moyen efficace de mesurer et de définir l'obésité.

L'IMC était bien corrélé avec d'autres mesures de mauvaise qualité disponibles à l'époque et était facile à calculer. Bien que les études n'aient pas montré que l'IMC prédisait clairement le risque de maladie coronarienne, il est devenu l'outil à utiliser. Depuis, l'IMC est devenu la référence en matière de définition de l'obésité au niveau individuel et populationnel, même si les percentiles utilisés ne définissent pas adéquatement le risque de maladies sous-jacentes.

L'IMC contribue-t-il à perpétuer la culture des régimes ?

L'IMC est maintenant directement lié à une classification de poids qui est utilisée comme marqueur de la santé générale, de sorte qu'on ne peut pas y échapper, même en essayant. Dès notre plus jeune âge, nous sommes initiés à l'IMC, que ce soit par un professionnel de la santé, un membre de la famille, l'école, ou par nos propres efforts pour nous informer sur notre santé.

Les limites de l'IMC sont rarement mises en avant. Même si l'on comprend dans une certaine mesure qu'il n'est peut-être pas la mesure la plus précise de la santé, il est tellement ancré dans notre société que l'on ne peut s'empêcher d'en tenir compte. Ainsi, dans une tentative d'atteindre un poids corporel « idéal », l'IMC contribue à dicter ce que ce nombre devrait être, perpétuant la culture des régimes.

L'IMC ne prend pas en compte des facteurs tels que la masse musculaire ou l'origine ethnique. En quoi est-ce néfaste ?

@dr.chizmd BMI is a scam 🥺 #blackdoctors #medicine #health ♬ original sound - Dr. Chisom Ikeji

L'IMC ne tient pas compte de la répartition du poids (densité osseuse, muscles et graisse) et de leur impact sur le poids. Il ne prend pas non plus en considération les différences de composition corporelle entre les groupes raciaux, le sexe ou l'âge, ce qui peut entraîner une surestimation ou une sous-estimation des risques pour la santé dans certaines populations.

Des études montrent que l'IMC surestime l'obésité chez les personnes noires et la sous-estime chez les personnes d'origine asiatique. Pourtant, les risques pour la santé associés à l'obésité sont plus faibles chez les personnes noires que chez les populations blanches et asiatiques, et les personnes noires ont tendance à avoir moins de masse grasse. Cela signifie que si un professionnel de la santé ne prend en compte que l'IMC du patient, il peut conclure que le patient est en mauvaise santé et à haut risque pour certaines affections, et conseiller une perte de poids alors que son risque n'est pas plus élevé que celui d'une personne dans une catégorie d'IMC inférieure.

Ils peuvent également attribuer les symptômes médicaux au poids alors qu'en fait, des investigations plus poussées devraient être menées. De plus, ils peuvent ne pas reconnaître des problèmes de santé graves comme un trouble alimentaire, par exemple, qui pourrait être ignoré parce que la personne ne répond pas aux critères d'IMC pour l'insuffisance pondérale. L'IMC ne permet pas non plus de prendre en considération l'impact d'autres facteurs sur la santé et le poids, tels que le statut économique, l'accès à la nourriture et l'éducation.

Pour les personnes de forte corpulence, l'IMC peut avoir des connotations négatives de mauvaise santé. Comment cela crée-t-il des obstacles potentiels ?

Si les professionnels de la santé s'arrêtent à la mesure de l'IMC et tirent des conclusions négatives basées sur un chiffre sans parler au patient, ils ne tiennent pas compte des multiples autres facteurs qui déterminent la santé d'une personne. Cela peut conduire les gens à se sentir ignorés et incompris, entraînant de la méfiance, de l'anxiété, du stress et une faible estime de soi. Il est également beaucoup moins probable que la personne soit disposée à suivre les recommandations du professionnel.

Pour les professionnels de la santé, les préjugés liés au poids affectent négativement le potentiel de soins centrés sur le patient. Une approche de soins centrés sur le patient conduit à une communication et une information efficaces. Dans certains cas, les professionnels de la santé peuvent poser un mauvais diagnostic ou limiter leur investigation en se basant sur la conclusion que le poids du patient est la cause de ses symptômes.

Les interactions négatives avec les professionnels de la santé peuvent avoir un impact permanent sur l'approche de la personne vis-à-vis de sa santé et sur sa confiance dans le système de santé.

Comment les professionnels de la santé peuvent-ils adopter une approche « toutes tailles » pour traiter les personnes ?

Les professionnels de la santé doivent se rappeler que la santé ne se base pas uniquement sur le poids. Nous ne sommes pas tous censés avoir la même taille. La santé est déterminée par de multiples facteurs et tous doivent être pris en considération lors de l'approche d'un patient, quelle que soit sa taille.

Il existe d'autres moyens de déterminer le risque pour la santé d'un patient en fonction de sa taille corporelle, autres que l'IMC. Des études ont montré que l'obésité abdominale est un prédicteur plus précis des affections liées à l'obésité que l'IMC seul. La mesure du tour de taille en plus de l'IMC peut aider les professionnels à tirer des conclusions plus éclairées concernant les risques pour la santé de leurs patients.

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Remarque : ces points de vue lui sont propres et ne reflètent pas ceux de son employeur.